Service public C Politique, faux bonzaï zen mais vraie propagande

C Politique est diffusée sur France 5 tous les dimanches soir à 18 h 35. L’émission est présentée par Karim Rissouli. Le 2 avril 2017, l’invitée était Caroline Fourest.

C Politique est une émission politique calme. Un bonzaï zen. On s’écoute parler. Rare dans des studios de France Télévisions. Est-ce si simple ? Au sommaire de l’émission du 2 avril 2017 , dans l’ordre d’annonce : la « trahison de Valls », la lutte entre Mélenchon et Hamon, Fillon, les affaires et le risque catholique, le danger du Frexit, le lobby de la chasse et l’actualité de la semaine.  Le ton est donné : on va jouer au ping-pong entre le « bien », la gauche, et le « mal », tout le reste. Place aux « experts ».

Caroline Fourest… en « expert » invitée…

Avec ces thèmes, la présence de Caroline Fourest est une assurance tous risques : peu probable que le débat soit contradictoire.  Le plateau de C Politique va parler entre gens de gauche, aux gens de gauche, de la gauche et du reste, mais vu de gauche. Et un peu du diable. Karim Rissouli fait le tour de table en attendant Caroline. Un chroniqueur, une chroniqueuse et un « enquêteur maison ». La seconde annonce qu’elle va révéler des « échanges confidentiels » montrant les « doutes » de soutiens de Fillon. Grand moment de plaisir dans ses yeux. Le premier va se « demander si la comparaison Pierre Bérégovoy/François Fillon tient la route ». Réponse claire dans le regard. Comme il est d’usage sur le service audiovisuel public, le 3e larron annonce une enquête à charge : « Je vais revenir sur les violentes attaques cette semaine de Marine Le Pen contre de très nombreux médias ». C’est parti pour la grande messe. Entrée de Caroline !

Avec le grand méchant populisme il y a un loup ! 

Caroline s’inquiète : « Tous ceux qui gouvernent sont balayés ». C’est positif à l’Est de l’Europe comme ça l’a été lors des printemps arabes entend-on, par contre quand il s’agit de « dégager des gens à peu près honnêtes et à peu près compétents cela devient inquiétant ». Le plateau acquiesce. On suppose que « l’expert » évoque les personnes qui nous gouvernent. On a une pensée émue pour Cahuzac, Thévenoud etc. Caroline a peur : la démocratie est menacée car la parole est trop libérée. Elle le dit : que tout le monde parle de politique en permanence, ce n’est plus la démocratie, « cela s’appelle une overdose ».

La France est menacée par le catholicisme

La barricade anti méchants est en place dans le studio. Fillon serait dans la main de La Manif Pour Tous, un des noms du très grand méchant sur le service public : « cette droite catholique, identitaire qui n’est pas la droite républicaine » dit Caroline. Le plateau opine : « c’est inquiétant ». Pour Caroline, « préoccupée par la laïcité ». Elle dit : « voir le poids politique que peut prendre Sens Commun sur la droite française c’est très préoccupant ». C’est vrai. Il y a de quoi : Sens Commun ne pense pas comme Caroline, ni comme ses collègues d’un soir. On apprend que la droite catholique « sur le terrain des écoles, sur le terrain des valeurs, sur le terrain même du sexisme ou même sur la question des femmes fait reculer beaucoup de choses ». Le grand méchant, on le trouve facilement : c’est celui qui pense différemment du langage journalistique officiel du service public, représenté ce 2 avril 2017 par Caroline. Et parmi les grands méchants, il y a une grande méchante.

Ce bon Pujadas est attaqué par une méchante dame !

Crime de lèse-majesté ! Marine Le Pen aurait attaqué Pujadas le bon. France 2, L’Entretien politique. Le pujadisme frappe : outre les « affaires », le journaliste tente de refaire le coup d’un antisémitisme du FN. L’entretien va de couacs en couacs techniques. Ce ne sont jamais les bonnes captures d’écran accusatrices qui apparaissent. Sans doute une des émissions les plus propagandistes et techniquement ratées de l’histoire de l’audiovisuel public. Le téléspectateur voit clairement que L’Entretien politique est une tentative de manipulation. Qu’en dit C Politique ? Rien sous cet angle. D’un entretien mené entièrement à charge contre une candidate à la présidence de la République, l’émission de France 5 montre un court extrait dans lequel Marine Le Pen reproche à la directrice de France 2 sa proximité avec Macron. Ils sont amis, c’est de notoriété publique. Sur la tentative de Pujadas de faire croire que les proches de la candidate seraient des nazis, pas un mot. Par la magie de C Politique, le procureur Pujadas est devenu une victime. Nous engageons nos lecteurs à regarder L’Entretien politique à partir de sa 12e minute. Édifiant.

Petit raout entre potes 

Lors d’un meeting, la candidate a prononcé ces mots : « Le banquier Macron ». Caroline le dit : Marine Le Pen joue « sur un vieux fond de l’extrême droite, contre la banque juive même si évidemment elle n’a pas besoin d’aller jusqu’à l’antisémitisme. Les mots ne sont jamais utilisés mais le début de sa rhétorique réveille cette mémoire-là ». Le téléspectateur reste bouche bée. On rappelle alors que le FN est sous le soupçon d’affaires financières : « il s’agirait d’un vaste système de détournement de fonds publics ». En réponse à cette accusation, « Marine Le Pen et ses lieutenants ont violemment attaqué » les médias. Le Monde, bien sûr, « à l’origine des révélations ». Défense du Monde dans C Politique mais aussi d’autres médias qui ont « publié d’excellentes enquête cette semaine sur le FN, il y a France 2, Libération, Marianne, Médiapart  ». L’enquêteur pensait sans doute à l’émission à charge de Pujadas…

Derrière le côté zen apparent de C Politique se cache en fait cette violence : la pensée commune du service public est pensée unique. C Politique du 2 avril 2017, petite réunion entre gens de gauche. Toute autre parole étant grande méchante parole… La somme annuelle est tout de même rondelette pour que tout un plateau tv pense d’une seule voix en période électorale. Devinez qui paie tout cela ? Vous.